UNIVERSITÉ LYON 2

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L’interview de Guillaume Faburel

Auteur des « Métropoles barbares », lauréat du prix du livre d’écologie politique

Qu’est-ce qu’une métropole barbare ?

Plein de choses. Mais, ce qui m’intéresse d’abord, c’est la manière dont les menaces écologiques se manifestent concrètement dans les vies des gens et génèrent des prises de conscience. Parmi ces menaces, il y a ce que j’appelle les fournaises urbaines. La métropolisation de Lyon accélère le réchauffement des espaces de vie, avec des impacts directs sur le quotidien des habitants : des sentiments d’étouffement, des sensations de suffocation, des impressions d’asphyxie. Continuer à toujours plus densifier le tissu urbain et vouloir en même temps de la fraîcheur ou de l’aération, par des espaces verts ou le réaménagement des berges, est purement incompatible. Parfaitement paradoxal. Aujourd’hui, on note un fort besoin sensitif et spirituel de retrouver un peu d’air, voire une montée en puissance de la volonté de quitter les grandes métropoles. Certaines agglomérations se posent même la question d’un plafonnement de leur population. Nos formes de vie ultra urbanisées sont à la fois anti-écologiques et anti-humaines. Elles renvoient aussi à une injustice sociale, car tout le monde n’a pas les moyens de vivre ailleurs ou mieux dans son quartier.

Des solutions existent-elles ?

Elles sont avant tout politiques, car toutes les actions d’emballement métropolitain accroissent la dépossession de chacun à pouvoir intervenir sur la réalité quotidienne de son propre vécu. Il existe une limite qui est celle de la saturation ; nos corps ne peuvent plus vivre dans des environnements à ce point pressurés. Nous devons imaginer autre chose, et commencer par désurbaniser notre imaginaire. Le politique doit déconstruire en lui cette philosophie d’urbanisation sans fin et construire un nouvel imaginaire de la tempérance et du ménagement, en opposition à la croissance sans fin et au développement incessant. La vraie question est alors la suivante : de quoi devons nous individuellement nous déprendre pour mieux réapprendre ? Il est l’heure, me semble-t-il, d’interroger nos modes de vie métropolitains, et d’écouter nos corps.

Guillaume Faburel,

Professeur en géographie et en science politique à l’Université Lyon 2 et à l’IEP de Lyon

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