Warda Houti – Alfenzine

Warda Houti – Alfenzine

Entre la France et le Maroc, Warda Houti et Brahim Msahel s’emploient à réaliser un rêve : donner aux habitants d’un village marocain une autonomie financière en valorisant leur terre et leur savoir-faire pour rompre le cycle de l’immigration. Rencontre avec Warda Houti, Présidente de l’association Alfenzine.

 

Comment est né Alfenzine ?

 

Warda Houti — Alfenzine est né d’un projet de création d’un lieu de résidence à Anguelz, un magnifique village

marocain à 140 km de Marrakech. L’objectif était de faire travailler des artistes des deux rives de la Méditerranée. En

rencontrant des familles, nous avons compris que l’immigration était leur principale ressource. Les conditions économiquesne s’améliorant pas, les jeunes hommes allaient encore partir et les femmes seraient toujours contraintes à être domestique dans les familles bourgeoises des grandes villes. Nous ne pouvions plus nous contenter d’un simple projet artistique.

 

Vous avez modifié le projet avec l’espoir de stopper la fatalité de l’exil…

 

W H. — Nous avons commencé à discuter avec les institutions tout en rentrant dans la vie du village et nous avons découvert des richesses locales extraordinaires. Les tisserandes fabriquent des tapis de haute laine célèbres dans le monde entier, elles ont la maîtrise de techniques comme celles des murs en pierres sèches ou des plafonds en osier. Ils ont une petite culture vivrière avec de l’orge et du maraîchage, du miel, des champignons de montagne, de l’huile d’olive et beaucoup d’arbres fruitiers : des amandiers, des pommiers, des noyers, des grenadiers avec une profusion de figuiers. Tous ces produits sont transformables. Le potentiel naturel et local est énorme, avec des technologies traditionnelles transférables. Car pour nous le transfert doit aussi se réaliser dans le sens Sud-Nord. Nous avons ouvert l’association Alfenzine à d’autres gens, portés par l’envie de créer un projet et l’espoir de stopper la fatalité de l’exil.

Aujourd’hui, Alfenzine est constitué de deux pôles de vie ?

 

W H. — Il y a le lieu Ksar, entièrement construit en terre, sur trois niveaux et dont les fonctions d’accueil, d’hôtellerie

et de restauration assureront le développement et l’indépendance du projet. Puis, il y a la coopérative d’activités dont

l’objectif est de créer une ligne de produits du terroir et de tapis contemporains. Nous espérons créer un revenu de

150 euros par mois pour chaque associé. Cette somme fait vivre six personnes pendant un mois. La distribution se

fera par Internet, en réseau local et au Maroc.

 

L’accès à la culture est important ?

W H. — Oui, dans le Ksar, il y aura une médiathèque ouverte à tous avec des livres en français, en arabe et en langue

berbère. Dans le village, les enfants n’ont pas de livres ni d’ordinateurs. Nous avons maintenu le premier projet, qui

est l’accueil d’artistes en résidence avec des musiciens, danseurs, comédiens, écrivains, photographes. Il symbolise

l’ouverture sur le monde et la lutte contre les obscurantismes de tous bords. Aujourd’hui, s’ajoute une dimension

environnementale, car l’accès à l’eau potable dans le village se raréfie.

 

La création de la ligne de tapis s’est faite grâce à un échange entre les tisserandes du village et des

jeunes du BTS Textile Design du lycée Diderot dans le 1er arrondissement de Lyon…

 

W H. — L’idée était de moderniser les motifs des tapis pour les intégrer à nos intérieurs actuels. Les jeunes du

BTS ont fait un gros travail de recherche et ont proposé aux filles du village de nouveaux dessins qu’elles ont adorés.

L’objectif est de réaliser quelques tapis d’ici l’automne. Avant cela, en juin, nous organisons une vente d’oeuvres d’art

au profit de l’association car, malgré notre investissement, nous ne bénéficions d’aucune aide financière et nous avons

besoin de solidarité !

 

www.alfenzine.com